Histoire de saint Thibaut

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Saint Thibaut de Provins - Prêtre et Ermite

Thibaut est né à Provins, vers 1039. Son père Arnould était apparenté aux comtes de Champagne et de Blois. Sa mère descendait de  Charlemagne et des comtes de Sens. Son parrain, Thibaut III, était comte de Blois et de Champagne. Son grand oncle maternel, saint Thibaud, fut archevêque de Vienne de 970 à 1000.

Elevé dans l’entourage de la famille des comtes de Champagne, le jeune Thibaut est attiré par la vie érémitique. Il fréquente l’ermite Burchard qui vivait dans une île de la Seine, proche de Balloy, au lieu-dit Roselle, à vingt kilomètres de Provins. A cet endroit existait une chapelle Notre-Dame-en-l’Isle, ou Notre-Dame-de-l’Ermitage.

Vers 1054, accompagné de son écuyer Gauthier, Thibaut quitte Provins pour Reims, puis, prenant l’habit de pauvres, se dirige vers la forêt de Chiny (40 kms à l’est de Sedan). Sa vie ascétique et la découverte miraculeuse d’une source qui lui est attribuée attirent les foules. Fuyant la popularité, il se réfugie à Pittange (20 kms au nord de Luxembourg) qui dépendait à cette époque du diocèse de Trèves et de la Lotharingie. Thibaut et Gauthier y partagent la vie des paysans et fabriquent du charbon de bois. Pour cette raison saint Thibaut a été pris pour patron par les charbonniers et par les carbonari italiens…

Sa renommée grandissant encore, Thibaut part en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, puis retourne à Trèves où son père vient le retrouver. Il se rend ensuite en pèlerinage à Rome. Gauthier étant épuisé, il ne peut s’embarquer à Venise pour un ultime pèlerinage en Terre Sainte ; il s’installe vers 1057 au « désert de Salanique », proche de la bourgade de Sossano, au diocèse de Vicence, en Vénétie, afin de mener une vie ascétique. Gauthier meurt deux ans plus tard. Thibaut, rejoint par sa mère, continue son existence d’ermite, accomplissant des miracles et recevant des visions.
Il est ordonné prêtre par Sindecher, évêque de Vicence. A la fin de sa vie, son ami Pierre, abbé de Notre-Dame de Vangadice à Badia Polesine, au sud de Sossano (40 kms), le revêt de l’habit de l’ordre des camaldules (règle de Saint-Benoît).

Thibaut meurt à Salanique le vendredi 30 juin 1066. Son corps est inhumé dans la cathédrale voisine de Vicence, puis ses reliques sont ramenées à l’abbaye de Vangadice.

Canonisé par le pape Alexandre II vers 1073, sa fête est fixée au 1er juillet.

Dès cette époque, un culte est rendu en France à saint Thibaut : ses reliques sont ramenées d’Italie, vers 1075 par son frère Arnoul, abbé de Sainte-Colombe de Sens et de Saint-Pierre de Lagny. Le passage des reliques du saint est suivi de la fondation d’églises et de chapelles qui lui sont dédiées : Joigny, Sens, Provins, Lagny, Saint-Thibaut-des-Vignes.

Les pèlerinages s’organisent autour de ces sanctuaires et le culte de saint Thibaut se répand très rapidement, de la fin du XIème au XIIIème siècle, tout particulièrement en Lorraine, en Champagne et en Bourgogne.

Ainsi à Joigny, Sens, Provins, Lagny et Saint-Thibaut-des-Vignes, s’ajoutent notamment :

- le prieuré Saint-Thibaut-les-Bazoches (Aisne), fondé avant 1080 par l’abbaye bénédictine de Marmoutiers.

- le prieuré de Vaucouleurs (Meuse) fondé en 1081 par l’abbaye bénédictine de Molesme, à la demande du sire de Joinville.

- le prieuré de Château-Porcien (Ardennes), fondé en 1087 par l’abbaye de Saint-Hubert.

- le prieuré de Mereville (Meurthe et Moselle), fondé en 1094 par l’abbaye Saint-Mansuy de Toul.

- le prieuré Saint-Thibaut (Aube), fondé avant 1097 par l’abbaye de Molesme.

- le prieuré de Chambroncourt (Haute-Marne), fondé avant 1100 par l’abbaye de Molesme.

- l’ermitage de Roche-sur-Rognon (Haute-Marne), fondé vers 1100 par l’abbaye de Belval-en-Argonne.

- le prieuré de Clefmont (Haute-Marne), fondé avant 1115 par l’abbaye de Luxeuil.

- le prieuré de Vitry-en-Perthois (Marne), fondé en 1119 par l’abbaye de Cluny.

- le prieuré de Flammerécourt (Haute-Marne), fondé en 1125 par l’abbaye de Saint-Urbain.

- le prieuré de Saint-Satur (Cher), fondé avant 1144 par l’abbaye du même lieu.

- la collégiale de Metz (Moselle), fondé en 1160 par l’abbesse de Sainte-Glossinde.

- le village de Fontaines, en Bourgogne, accueille vers 1240 des reliques de saint Thiébaut et prend le nom de Saint-Thibaut-en-Auxois en 1249. Une basilique, édifiée de 1270 à 1290, devient l’un des centres de pèlerinage à saint Thibaut le plus fréquenté.

- l’ermitage Notre-Dame de Bermont, fondé par l’abbaye de Bourgueil vers l’an 1000.

Les abbayes bénédictines ont joué un rôle majeur dans la diffusion du culte de saint Thibaut. Robert de Molesme avait d’ailleurs été en 1071, prieur de Saint-Ayoul de Provins, ville natale de Thibaut.

Plusieurs centaines de lieux furent ainsi dédiés à saint Thiébaut jusqu’au XIVème siècle.