Procès-verbal de 1702
[Archives départementales de la Meurthe]
Ce jourd’huy, douzième de juillet mil sept cents deux, le soussigné René Merey prêtre, licencié èz droits, résidant à Nancy, député par monsieur de Laigle, grand archidiacre official, vicaire général de Toul, pour de sa part visiter la chapelle de Bermont, y reconnaître l’état, et en dresser proçèz verbal, s’étant transporté au lieu dudit Bermont, accompagné de M. Jean Jacob, prêtre curé de Greux, dans la paroisse duquel ladite chapelle est située, a remarqué ce qui suit :
Que la chapelle est plaçée sur un côteau, au coin d’un bois, et distante d’une demi-lieue dudit Greux et de tout autre village.
Que joignant la même chapelle il y a un petit corps de logis où demeurent à présent deux hermites.
Etant entré dans la chapelle et en ayant pris les dimensions, elle s’est trouvé avoir environ cinquante pieds de longueur, sur vingt de largeur.
L’autel plaçé dans le choeur et tourné vers l’orient, est de pierre et en bon état. Il ne parait néanmoins aucune marque de consécration. Il est vray qu’au dessus de la pierre d’autel, au milieu, et vers le bord de la surface, il y’a une entaillure, laquelle étant fermée d’une pierre, ledit Merey, commissaire, l’a fait ouvrir pour reconnaître si ce n’était pas le sépulcre où peut-être on aurait mis les reliques, quoy que ce ne soit pas l’endroit ordinaire où l’on a coutume de les placer, mais il ne s’y est rien trouvé du tout. Et il a été remarqué qu’il n’a pu même y avoir de reliques a raison du peu de profondeur de cette entaillure et du peu de vuide et de capacité qui resterait pour les contenir, lorsque la petite pierre qui la ferme est remise, n’y ayant pas plus de trois lignes de vuide entre deux, et ce vuide ne parait être que parce que cette pierre servant de fermeture n’est pas assez unie et juste pour remplir absolument cette cavité.
Au milieu de la même pierre d’autel, sur la surface, à l’endroit à peu près où l’on pose le calice dans la célébration de la sainte messe et à quatre pouces plus avant que l’entaillure cy-dessus il s’en trouve une seconde sur la même ligne, laquelle n’a pas été ouverte, tant parce que ce n’est pas l’endroit où l’on met les reliques que parce que cette seconde entaillure a fait présumer avec fondement que ce sont des défauts dans la pierre d’autel qu’on a réforméz en bouchant les creux, lesquels on a tailléz pour les fermer plus proprement et rendre la surface plus unie.
Au devant du dessous de la pierre d’autel, il n’y a point de sépulcre ni aucune ouverture pour y mettre des reliques.
L’autel, pris tant pour la pierre ou table que pour les pieds et soutients ne parait pas ancien et semble avoir été démoli et rétabli depuis trente ou quarante ans. On y a cependant dit la sainte messe jusqu’à présent sans marbre.
Dans la nef, il y a six croix aux murailles, semblables à celles qui se font à la consécration des églises, quoy qu’il y ait une forte présomption que ce n’est là qu’une preuve équivoque et même incertaine que la chapelle ait été consacrée. Car 1° : Il n’y a point de ces croix dans le choeur, ni même dans la partie de la nef attenante au choeur. 2° : Les croix ne sont pas uniformes, les unes sont plus hautes, les autres plus basses, et les croisons sont entremêléz de fleurs de lys. 3° : Il n’y a point de ces chandeliers plaçéz ordinairement au-dessous des croix, comme il se voit dans les églises consacrées. 4° : Ces croix ne paraissent pas anciennes, à proportion de la chapelle, et on ne peut pas dire que la raison de ce qu’il ne s’en voit pas dans la partie de la nef qui est joignant le choeur ny dans le choeur même, est que les murailles du choeur et de cet endroit de la nef ont été ou réparées ou reblanchies, ce qui aurait effaçé les croix, car il ne parait nullement que ces murailles aient été ny réparées ny reblanchies, et elles ne sont ny plus neuves ny plus blanches que les autres, dailleurs il eut été aisé de retracer ces croix s’il en avait eu auparavant en cas qu’on eut réparé ou recrépi ces endroits.
Les murailles de la chapelle et la toiture sont en assez bon état, il convient seulement d’y faire quelques menues réparations en certains endroits.
A l’égard du service et des charges attachés à cette chapelle, l’usage est depuis longues années d’y célébrer la sainte messe une fois par mois, quoy qu’anciennement on l’y disait tous les dimanches.
On n’en sait pas au vray le patron ou titulaire, savoir si c’est la sainte Vierge ou saint Thiébaut, ou tous les deux ensembles, dont l’un soit patron et l’autre titulaire.
Cette chapelle avec le logement qui y est contigu, ensemble les fonds et revenus qui composent ce qu’on appelle Belmont, appartiennent au maître de Gerbonvaux, ainsi qu’il a paru par les titres qui ont été exhibés au commissaire souscrit.
De tout quoy le présent proçèz-verbal a été dressé les an et jour avant dits et signé par ledit Merey, député.
